Au coeur de l’océan : une épopée maritime en deux temps


Deux ans après l’excellent Rush retraçant la rivalité historique entre les pilotes de F1 Niki Lauda et James Hunt, Ron Howard retrouve Chris Hemsworth pour l’adaptation du roman de Nathaniel Philbrick : Au Cœur de l’Océan narre le naufrage du baleinier Essex, commandé par le capitaine George Pollard (Benjamin Walker) et percuté en 1820 dans le Pacifique par un cachalot d’une taille gigantesque.

L’intrigue débute donc en 1850 dans la Nouvelle Angleterre lorsqu’ Herman Melville, auteur en manque d’inspiration décide de se rendre au domicile de Thomas Nickerson (Tom Holland), seul rescapé de l’Essex afin de recueillir son précieux témoignage. Réticent à l’idée de revenir sur des événements qui ont alimenté les rumeurs pendant des dizaines d’années, le vieil homme finit par se lancer dans une longue description qui servira de base au célèbre roman de Melville, Moby Dick.

L’Odysée de Ron Howard

L’œuvre de Ron Howard s’articule donc comme un long flashback retraçant les mésaventures d’un navire et de son équipage, partagé entre la fidélité envers son capitaine et l’admiration de son courageux second, Owen Chase interprété par Chris Hemsworth. Au Cœur de l’Océan réunit donc tous les avantages d’un scénario prometteur et palpitant, qui se joue malheureusement en deux temps discordants.

Les 60 premières minutes placent le spectateur au cœur d’une aventure maritime digne de l’épopée Homérique. L’image du protagoniste Owen Chase, quittant le pays sans être certain de revenir et laissant sa femme enceinte livrée à elle-même n’est pas sans rappeler le départ d’Ulysse, revenu à Ithaque après dix longues années. Par conséquent, la phase allée du voyage à la recherche de la tant convoitée huile de baleine est captivante : entre tempêtes apocalyptiques et course au cachalot au milieu de l’océan on se croirait presque transporté au sein de l’équipage du capitaine Pollard. Globalement, la première partie est donc une réussite, mais le film s’essouffle rapidement et souffre d’une dégénérescence scénaristique. Le naufrage de l’Essex vient totalement rompre la magie de l’œuvre d’aventure et le film s’enlise dans un voyage retour qui semble interminable.

 Un spectacle cinématographique

Condamné à errer sur des embarcations secondaires avant de retrouver le continent, l’équipage victime du cachalot monstrueux (alias Moby Dick) se livre aux pires atrocités pour survivre et… c’est à peu près tout ! Dénoué de tout suspens, le scénario semble alors acquis et l’on devine facilement la fin de l’histoire, même sans avoir lu le roman de Melville. Fort heureusement, cette deuxième partie, condamnée par son scénario  ennuyeux pour ne pas dire pompeux, garde une certaine valeur grâce à l’excellente réalisation de Ron Howard et à un jeu d’acteur relativement bon. En effet, Au Cœur de l’Océan est avant tout une prouesse visuelle, avec de superbes images de la mer et des couchers de soleil plus magnifiques les uns que les autres. Le tout ponctué d’effets spéciaux réussis, notamment pour représenter le cachalot de 26 mètres de long ainsi que l’atmosphère de la Nouvelle Angleterre au début du XIXème siècle.

Les atouts du film sont donc principalement visuels mais la relation entre les deux personnages principaux est également intéressante. Si le capitaine Pollard est rapidement accrédité d’une étiquette de « méchant » alors que son second (Owen Chase) possède l’image du bon samaritain, à la fois courageux et héroïque, leurs situations respectives évoluent parallèlement pour finir par un consensus plutôt étonnant. En cela réside finalement la seule surprise du film, qui vient sauver le spectateur d’un ennui entamé après le naufrage du bateau.

In The Heart of The Sea, puisqu’il s’agit du titre original, reste malgré tout un film satisfaisant, n’ayant pas su tenir toutes ses promesses mais qui vous fera néanmoins passer un bon moment. Le rendu visuel est exceptionnel à voir au cinéma et pour cela, nous vous le recommandons. Ron Howard quant à lui, sera de retour rapidement sur les écrans, à la baguette d’Inferno pour les nouvelles aventures du professeur Langdon, personnage phare de la saga de Dan Brown entamée avec le célèbre Da Vinci Code.

Au coeur de l’océan, un film de Ron Howard. Actuellement au cinéma. 

Cet article a été publié à l’origine par Emilien Diaz sur Sneak Peek, le 1er janvier 2016.

L'équipe de Sneak Peek

Sneak Peek était le nom de la première version (2015-2016) du blog des étudiants de l'Institut Français de Presse, avant la création de Vision IFP. Passionnés d'art et de culture dans toutes ses formes et avides d'expériences, les rédacteurs de Sneak Peek partagaient sur le blog leurs différentes découvertes "culture & lifestyle".

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