Jean Jacques Perrey nous a quitté

L’artiste français, Jean Jacques Perrey, un des pionniers de la musique électronique, est décédé le 4 novembre 2016 à l’âge de 87 ans.

Ce nom ne dit sans doute pas grand chose à la majorité d’entre vous mais pour les passionnés, Perrey est l’un des grands noms de la musique électronique. Il a exercé une grande influence sur la sphère musicale. Cela ne se ressent pas tellement dans la composition de ses titres mais plutôt dans les sons utilisés. Perrey a été l’un des premiers à décloisonner la musique électronique de son caractère élitiste. Il a intégré des sons plus pop et colorés dans ses albums. Les musiciens d’aujourd’hui, même s’ils ne le connaissent pas tous, héritent indéniablement du caractère libre et décomplexé de la création musicale prôné par l’artiste français.  Ses « bruits » étaient plus accessibles et joyeux que ceux d’autres artistes à l’avant garde de la musique électronique.

Ses premiers pas dans la musique 

Jean Jacques Perrey est né en 1929 à Amiens. Il apprend la musique tout seul; il va jouer d’abord de l’accordéon et du piano. Cet autodidacte se lance après ses études dans une carrière musicale. Il s’intéresse dans les années 1950 à l’Ondioline, un tout jeune instrument à clavier qui permet de jouer avec une gamme très variée de sons. Cet instrument inventé par Georges Jenny en 1941 est un ancêtre du synthétiseur. Il va militer pour cet instrument dans le monde entier en faisant des démonstrations sur scène avec plusieurs artistes de renom. C’est à cette époque qu’il monte sur scène avec le ventriloque Jacques Courtois. Il accompagne aussi Charles Trenet et Django Reinhardt. C’est même Edith Piaf avec qui il jouait qui lui conseillera de tenter une carrière solo en l’aidant dans sa démarche. Des archives nous montrent son passage à la télévision américaine dans l’émission I’ve Got a Secret, jour où il va faire découvrir à l’Amérique l’instrument de Jenny. C’est d’ailleurs aux Etats-Unis qu’il va continuer sa carrière et être reconnu.

Sa rencontre avec le « Moog »

Dans les années 60, il rencontre Robert Moog qui vient d’inventer un synthétiseur portant son nom. Perrey est encore une fois l’un des premiers utilisateurs du Moog. Ce sera la période la plus florissante de sa carrière. Il va former avec Gershon Kingsley (compositeur extrêmement connu pour son tube Popcorn) un des duos les plus novateurs des années 60. Leurs musiques seront souvent reprises dans des publicités à la télé ou à la radio. Il sortira durant cette période deux albums avec Kingsley et une série de disques en solitaire intitulés « Moog »; Moog Indigo, Moog Sensations, Moog Expressions, Moog Generation.

Un repli de 20 ans autour de la musique thérapeutique

Dans les années 70, il rentre en France pour sa famille, sa mère étant malade. Pour son avenir en France il est confiant. Il est persuadé qu’après son succès américain il trouvera facilement des opportunités mais aucune maison de disque ne lui propose d’enregistrer. Le public français ne connaît pas Perrey, alors le cœur lourd il commence à se consacrer à des recherches sur la thérapie par la musique, les méthodes de relaxation… Il s’investit totalement dans la tâche, oubliant son désarroi. Ses recherches se font en collaborant avec des scientifiques et vont se solder par des résultats concrets. Ils arrivent à montrer l’influence de la musique sur les tempéraments nerveux.

Ses albums oubliés vont resurgir à la fin des années 90 et le début des années 2000 avec le retour de l’easy listening et l’utilisation de ses productions par les producteurs de hip hop. Des grands noms du rap comme Beastie Boy, Redman, A Tribe Called Quest et Gang Starr vont le sampler. En France l’emploi de sa musique dans le hip hop sera moindre mais on peut citer tout de même La Rumeur. Dernièrement Pusha-T, toujours attiré par des musiques très diverses, a samplé Perrey. Ils ont d’ailleurs repris le plus grand tube de Perrey datant des années 70, E.V.A., que l’on peut retrouver sur l’énorme compilation Cosmic Machine regroupant d’autres très grands noms de la musique électronique (Didier Marouani, Jean Michel Jarre, Marc Cerrone, Space, Space Art mais aussi Serge Gainsbourg et Pierre Bachelet).

Une fin de carrière prolifique

En 1997, Perrey recommence à enchaîner les concerts et les enregistrements studios. Infatigable, il se rend compte de la portée qu’a eu sa musique dans le monde. Il s’étonne dans un article des Inrocks qu’un label japonais ressorte ses vieux disques. De nombreux acteurs des scènes émergentes de la musique électronique, plus dance comme le trip hop, l’acid, se revendiquent de la musique des pionniers des années 60 et 70, E.V.A de Perrey en file de mire. Cocteau avait prédit que sa musique serait mieux comprise plusieurs décennies après du fait de son extrême modernité. Il ne s’est pas trompé. Perrey va donc être sollicité pendant les 20 dernières années de sa vie pour un grand nombre de concerts, de conférences… Il va collaborer avec de nombreux artistes comme Dana Countryman, Luke Vibert ou encore David Chazam. Il va aussi faire un titre avec Air.

Vous pouvez découvrir l’album de Perrey et Kingsley, The in sound from way out ! :

Il est mort le 4 novembre, à Lausanne, d’un cancer du poumon. C’est sa fille qui a communiqué la nouvelle à l’AFP. Ses musiques joyeuses restent pour toujours. Des hommages lui ont été rendu par ses fans et ses amis artistes sur internet mais on peut déplorer l’exposition trop faible que lui consacre la sphère médiatique traditionnelle. Jean Jacques Perrey mériterait plus après tout ce qu’il nous a donné.

Voici le documentaire Prélude au sommeil de Gilles Weinzaepflen consacré à Jean-Jacques Perrey:

Image de couverture : Jean Jacques Perrey et David Chazam, ©FiP

Gracchus Nortug

Vous pouvez me croiser dans paris centre avec une canette de bière à la main.

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