Le Mexique écroule le mur américain

89ème minute, le capitaine Rafael Marquez propulsait le ballon de la tête au fond des filets, en même temps que les propos honteux de Donald Trump sur la communauté mexicaine. Les joies des joueurs mexicains, et de tous leurs supporters, au pays, comme aux États-Unis, montraient bien l’impact, plus que sportif, de cette victoire et sa résonance dans le monde d’aujourd’hui. Trois jours après l’élection de Donald Trump, le football nous offrait un sacré clin d’œil, comme il en a le secret, et nous plonge dans l’atmosphère de ce match, forcément particulier pour de nombreux américains.

Le contexte était forcément particulier. Donald Trump venait d’être élu à la Maison Blanche, et l’une de ses cibles principales était la communauté mexicaine, avec, comme point d’orgue ce fameux mur à construire entre les deux États fédéraux. Même Javier “Chicharito” Hernandez, pourtant connu pour sa discrétion, n’a pas échappé à commenter la situation, dans une conférence de presse devenue bien plus politique que sportive. “Malheureusement, c’est la décision prise par ce pays, alors si ce match peut donner un peu de joie aux latinos, ça ne peut être que positif.”. Une motivation en plus pour donner du bonheur et de la fierté à la communauté mexicaine des Etats-Unis.

Car, on peut le dire, les matchs du Mexique chez l’oncle Sam sont toujours l’occasion d’observer un raz de marée vert dans les tribunes. Le football apparaît, encore une fois, comme indissociable du sentiment identitaire de l’individu. Il est de ces choses qui se transmettent de génération en génération, gardant toujours la même ferveur pour le pays d’origine, au détriment du pays dans lequel on grandit. Les États-Unis et le Mexique se disputent alors dans une atmosphère bien plus proche de Mexico que Washington. Et ce ne sont pas des supporters mexicains en voyage pour le match, mais bien les américains, les “chicanos” qui soutiennent inconditionnellement leur pays d’origine, dans une sorte de sursaut de fierté mexicaine.

d-434822-usamexique

Dominés dans tous les domaines par le géant américain, le football représente le dernier bastion où les mexicains, et les latinos en général, restent meilleurs que le voisin nord-américain. Le journal mexicain Récord rappelait ce fait en une, faisant figurer la Star d’El Tri (surnom de la sélection mexicaine) Giovanni Dos Santos, jouant à Los Angeles, aux côtés de gloires mexicaines ayant triomphées aux USA comme le légendaire boxeur Júlio César Chávez, ou le réalisateur oscarisé Alejandro Gonzalez Iñarritu (Bidrman, The Revenant). Le tout accompagné par un historique « Trump nous dit : ils ne nous envoient pas leurs meilleurs (hommes). Aujourd’hui, nous allons lui prouver son erreur. ». Ces derniers jours, le #elfutbolesnuestro (le football est nôtre) était même venu rappeler l’historique supériorité mexicaine sur le rectangle vert. Et même en ayant choisi la ville de Colombus, très peu peuplée par la communauté mexicaine, les “ricains” n’ont pas réussi à contenir cette “furia verde” mexicaine.

Mais si la rivalité existe, il ne faut pas oublier que de nombreux mexicains et latinos jouent du côté américain. Ils étaient quatre lors de ce match et le chiffre tend à augmenter dans le futur, à l’image de l’évolution de la communauté latino, amenée à représenter 30% de la population américaine en 2060 (d’après les estimations du Census). La fédération américaine, ayant compris l’intérêt de cette communauté pour le soccer (le nom du football aux Etats-Unis), a commencé à entreprendre un réel travail de repérage des talents, notamment dans les quartiers latinos des grandes villes. Le résultat est significatif, quand on sait que 11 des 21 joueurs de la sélection américaine à la coupe du monde U17 étaient latinos. Autant de jeunes potentiellement futurs représentant du Team USA pour les prochaines coupes du monde. To make America great again ?

Une fois encore, le football semble être l’un des seuls lieux où les minorités participent à la représentation du pays. Et si la société devenait le reflet du football et non l’inverse…

2 473 pensées sur “Le Mexique écroule le mur américain