Mais où va le monde ?

Salut à toi (futur j’espère!) ami lecteur,
Bienvenue dans ma petite rubrique. Ce que je voudrais faire c’est te proposer des nouvelles du monde au rythme d’une actualité musicale, de lier le son à l’image, d’essayer de structurer un peu des nouvelles chaotiques dans un refrain, dans une musique (hé oui, ça rime!). Voilà ma revue de l’actu de la semaine, non-exhaustive !

Le nouvel album de La femme s’appelle Mystère et il compte 16 titres toujours dans cette mouvance de rock électro qui fleure bon les vacances et les soirées entre potes à la fin de l’été. Avec un petit plus personnel pour le titre “Elle ne t’aime plus” comme réflexion sur les rapports hommes-femmes de nos jours, c’est la piste “Où va le monde” qui cartonne en ce moment et c’est sur elle que je m’appuie aujourd’hui pour revenir sur trois points d’actualité.
Cette semaine, c’est donc La femme qui nous demande Où va le monde avec l’élection de Donald Trump, les actions féministes via Internet et l’expo Art et liberté au Centre Pompidou.

Mais où va le monde ?

C’est la grande question de la semaine avec l’élection de Donald Trump que vous n’aurez pas manqué de remarquer sur la scène politique internationale. Après un an et demi de campagne acharnée, de propos à la fois misogynes, racistes, xénophobes et j’en passe à l’égard de tout ce qui n’était pas lui, Donald Trump devient le 45ème président des États-Unis. Entre joie et larmes, les Américains ont encaissé la nouvelle sur les plateaux télé du monde entier. Où était le monde à ce moment-là ? Manifestement sur Internet où les tweets, posts Facebook et autres vidéos ont fleuri pour illustrer les réactions des résultats de la campagne. En France, Topito a compilé un best of des meilleurs tweets sur la campagne et les résultats de l’élection ( Top des tweets sur l’élection de Trump ) et manifestement, les internautes préfèrent en rire … Les memes sur internet (ces images drôles) ont pullulé aussi quant à l’accession de Melania Trump au rôle de First Lady. Alors qu’une nostalgie pro-Obama plane sur la sphère du net avec la parution de multiples photos du couple présidentiel le plus cool et glamour du XXIème siècle, il est intéressant de se demander comment les Trump vont vivrent leur mandat à la Maison Blanche. Melania Trump, ex-mannequin, va devoir acquérir une crédibilité de First Lady après avoir dû assumer l’affaire du plagiat de son discours à l’occasion de l’ouverture de la Convention nationale des républicains en juillet dernier. Petit rappel ici

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©onsizzle.com

Et Trump malgré un premier discours officiel sans bavure dans lequel il a déclaré « Il est désormais temps pour nous de nous réunir en un seul peuple. Je serai le président de tous les Américains, c’est si important pour moi » après avoir félicité Hillary Clinton, doit encore faire oublier tous les dérapages de sa campagne. ( Le monde: vidéo du discours du président Trump )

Où sont mes vrais amis ? Pourquoi je me méfie ?

Ces questions, Hillary Clinton a dû se les poser elle aussi, elle que tous les médias, sondages et autres avis politiques donnaient gagnante. C’est un mea-culpa mondial qui a suivi les résultats d’une élection à laquelle personne ne croyait. Les sondages sont des alliés historiques des campagnes politiques, il est sans doute une bonne chose que cette élection américaine pousse les citoyens du monde entier à prendre un peu de recul face à ces chiffres abstraits.
Au lendemain des élections, le constat était le suivant : Hillary a remporté le jeu en nombre de voix populaires, elle en a obtenu 200 000 voix de plus que son adversaire mais le système électoral américain des grands électeurs a permis la victoire de Donald Trump. Celui-ci ne peut donc prétendre à une élection remportée haut-la-main. Dès le lendemain des élections, des manifestations étaient organisées dans tout le pays pour contester les résultats du scrutin avec un blessé à l’arme à feu samedi à Portland. Le hashtag #Notmypresident sert de référence aux photos et vidéos publiées par ceux qui refusent les résultats du scrutin.

La stupéfaction mondiale à l’égard des résultats s’explique peut-être par cette réflexion : Qu’a t-on pu bien faire de tous ces sacrifices ? Le monde entier se sent concerné par cette élection : comment les Américains ont ils pu élire un président misogyne alors que l’égalité et le respect entre hommes et femmes est plus que jamais un combat du XXI° siècle? Un président raciste dans un pays où le symbole de Martin Luther King est encore prégnant et où les latinos représentent désormais une majorité de la population? Un homme d’affaires sans la moindre expérience politique à la tête de la première puissance mondiale ? C’est la certitude erronée de sa défaite qui a le plus choqué la sphère médiatique. Ce n’est pas parce que personne n’y a cru que ce n’était pas possible.

Mais moi, je ne serai plus la bonne poire
Je ne veux plus gâcher ma vie avec des histoires
Qui finissent toujours en drames ou en cauchemars
Je ne veux plus broyer du noir

Dans un autre registre, le combat pour l’égalité homme-femme était à l’honneur cette semaine. Le 24 octobre 1975, 90% des Islandaises refusent de travailler pour dénoncer les inégalités entre les hommes et les femmes. Cette initiative appelée “Women’s Day Off” (le jour chômé des femmes) a été réitérée en 2005 et en 2008. Contrairement à 1975, le jour n’est pas entièrement chômé mais les islandaises ont décidé de quitter leur office à l’heure à partir de laquelle elles n’étaient symboliquement plus payées au vu des inégalités salariales. Ainsi en 2008, les manifestations ont commencé à partir de 14h25. Selon les calculs du Business & professional Woman (BPW), il faudrait attendre 2068 pour que les hommes et les femmes soient également payés au vu de la vitesse actuelle de progrès… et que les islandaises restent au travail en étant payées toute la journée!

En France, c’est la newsletter les Glorieuses sur Internet qui a appelé les femmes à cesser de travailler à 16h34 ce 7 novembre.

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©lebonbon.fr

Pour retrouver l’appel, cliquez ici
Notons l’omniprésence d’Internet et des médias dans l’action de ces collectifs qui permettent une participation élargie de toutes celles (et ceux!) qui souhaitent apporter leur témoignage dans le débat. C’est la page Facebook du collectif Paye ta Shnek qui regroupe une communauté de presque 200 000 membres qui a largement relayé la campagne des Glorieuses. S’il semble compliqué d’estimer le nombre de femmes ayant quitté leur bureau à 16h34 ce 7 novembre, l’action a été largement relayée en ligne avec 6000 participantes inscrites et 40 000 partages de l’événement sur Facebook. BBC.com a consacré un article à cette initiative, tout comme le Washington Post. Cependant il est regrettable que ces articles n’aient pas proposé d’analyse approfondie du sujet. Les journalistes étrangers se contentent d’un rapport factuel de la situation en faisant allusion aux scandales sexuels en France (Le Washington Post remonte jusqu’à DSK!) mais sans vraiment faire de point sur les mobilisations de leurs propres concitoyens (-ennes). Malgré une volonté affirmée de David Cameron de faire avancer les choses en faveur de l’égalité salariale avec une mesure présentée le 13 juillet 2015, la situation a peu évolué en Angleterre. De même le Equal Pay day initiée par le collectif Business and Professional Women aux Etats-Unis dans le milieu des années 90 et adapté ensuite en Europe ne fait pas figure d’électrochoc dans le monde politique.

Autre combat que celui des inégalités salariales, c’est celui du sexisme ordinaire qui a été visé le 7 octobre. Deux avocates ont lancé des appels à témoignages avec la mise en place de Paye ta robe . Ce blog, inspiré du blog Paye ta Shnek , fonctionne sur une participation élargie. Les modérateurs de la page ne sont que des intermédiaires et des graphistes qui mettent en forme les messages avant de les publier. Et certains témoignages sont bien plus éloquents que les sondages ou enquêtes proposés sur le harcèlement de rue ou au travail. Cette illustration de démocratie participative qui donne la parole à qui la veut via un média gratuit qu’est Internet avec Facebook repose sur une initiative citoyenne très engagée. Le Tumblr de Paye ta Shnek opte pour une mise en page extrêmement sobre : fond blanc et textes roses et bleus qui tranchent avec la diversité et la violence des propos relatés. Idem pour Paye ta robe : fond blanc et écriture noire.

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©payetashnek.tumblr.com

Le but de ces deux Tumblr est de libérer la parole sur un ton mordant et d’alarmer à coups de témoignages bruts de cette violence quotidienne ( et encore, si celui que je vous ai mis est déjà fort désagréable à lire, sachez qu’il est assez soft comparé à la majorité des autres témoignages du blog).
Les 91 témoignages publiés pour le mois d’octobre 2016 sur le Tumblr de Paye ta Shnek et la centaine sur Paye ta Robe depuis le lancement du blog témoignent d’un succès relatif de ces plateformes militantes alternatives avec Internet et les réseaux sociaux comme moyen privilégié d’expression.

Et sinon vous vous êtes déjà fait ce genre de réflexion ?

Je n’en peux plus des histoires futiles ,
Je n’en peux plus de tous ces bourreaux
Et de toutes ces victimes
L’homme se contredit à longueur de journée
Il ne sait pas ce qu’il veut et c’est pour ça qu’on se fait du mal
Est-ce bien normal ?

La star de Pompidou en ce moment, c’est l’exposition Magritte. J’ai moi-même tenté trois fois d’aller la voir et puisque le temps varie entre 30 minutes et 1H15 d’attente, ça fait deux fois que je finis par me rabattre sur autre chose … Mais sachez qu’un autre évènement en cours à Pompidou me paraît désormais immanquable : l’exposition du quatrième étage sur le collectif Art et Liberté, un collectif surréaliste en Egypte qui exista entre 1938 et 1948.

Si tout le monde connaît les surréalistes français que sont Eluard, Man Ray, Breton et les autres, il me semble que les membres d’Art et Liberté sont un peu moins des références populaires. Ces Egyptiens, basés au Caire, sont un peu plus tardifs que le groupe français. André Breton présente son Manifeste du Surréalisme en 1924, le manifeste Vive l’art dégénéré fonde le mouvement le 22 décembre 1938 autour de l’artiste Georges Henein. Le manifeste est exposé et ce ne sont pas moins de 130 œuvres tirées de collections privées qui sont présentées au Centre Pompidou.

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© DR / Photo © Haitham Shehab

L’image ci-dessus est représentative de ce que j’ai pu voir. C’est l’affiche officielle de l’évènement, c’est une peinture d’un des membres du collectif Ramses Younanv , qui l’a peinte en 1939 sans lui donner de nom. Les topoi du surréalisme sont bien présents, distorsion des corps, utilisation de formes abstraites et onirisme latent sont au rendez-vous. L’exposition décrit la vie et les préoccupations des artistes d’Art et Liberté comme leur combat contre la colonisation et leur recherche de la liberté sous toutes ses formes, leur réflexion sur la société et sur le langage. Comme La Femme, les surréalistes soulignent les questions de leur temps et proposent avec leur art un exutoire réflexif.

Il y a des questions ou je sais que je ne trouverai jamais la réponse
Il y a des choses auxquelles on ne peut rien faire
Il faut sans doute s’en moquer et passer à travers

Des photos témoignent de leurs soirées et des rites qu’ils suivaient pour atteindre des états de conscience approfondies et se défaire de leurs acquis culturels, et des cartes retracent leurs voyages.

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Dessin cruel, Mayo, 1937

Cette peinture-ci est celle qui m’a le plus plu. Le dessin cruel de l’artiste Mayo a été vendu aux enchères à une collection particulière en mai 2013. Il me rappelle les dessins des Mains Libres de Eluard et Man Ray. J’ai aimé le contraste entre le fond noir et les traits de ces visages confus ivoires, ces mains demandeuses un peu effrayantes et ces baisers confus. Le nom de l’œuvre oriente à mon sens la compréhension de l’œuvre. Combien de visages comptez-vous ? A qui appartiennent ces mains ? Dans quel sens lire ou même décrire cette œuvre? J’ai aussi beaucoup aimé les photos de Ida Kar (pour plus d’infos : Ida Kar à la National Portrait Gallery )

L’exposition est d’une grande richesse dans la mesure où les artistes ont tous des approches variées des sujets qu’ils traitent. Les tableaux sont illustrés d’extraits de poésie, des photos signées côtoient des photos de la bande et des lettres personnelles exposées permettent de saisir un peu les conceptions de ce collectif. Les commissaires indépendants Sam Bardaouil et Till Fellrath présentent ici le résultat de cinq ans de recherche dans de nombreux pays pour réunir ces oeuvres.
Alors un conseil, courrez-y!

C’est tout pour aujourd’hui, j’espère que vous écouterez La Femme un peu différemment après ça… La bise !

Image de couverture : ©Album Mystère de La Femme

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