« I’m yelling : Mr. Kanye West for President ! »

I MISS THE OLD KANYE, se lamentent les fans de Yeezy depuis jeudi soir. En concert à San José en Californie le 17 novembre, Kanye West a annoncé qu’il aurait voté pour Donald Trump, s’il avait été inscrit sur les registres électoraux, avant de rappeler qu’il compte se présenter à l’élection présidentielle de 2020.

Ce n’est pourtant pas la première fois que Kanye West s’engage politiquement ; l’épisode s’inscrit dans une série de digressions médiatiques, de lyrics conscients, et de déclarations exaltées.

Yo, I’m going to ad-lib a little bit…

Déjà en 2005, lors d’un concert de charité organisé en faveur des victimes de l’ouragan Katrina, le rappeur avait pris la parole pour déplorer en direct sur les antennes de la NBC, qui retransmettaient l’évènement, la façon dont les médias dépeignaient les victimes afro-américaines qui recherchaient de la nourriture parmi les décombres.

«Je déteste la façon dont nous sommes représentés dans les médias. Vous voyez une famille noire, et il est écrit : « ils sont en train de piller ». Vous voyez une famille blanche, il est écrit : « ils sont à la recherche de nourriture ». Et, vous savez, si ça fait cinq jours que nous attendons en vain de l’aide de la part du gouvernement fédéral, c’est parce que la plupart des victimes sont noires.»

Finalement, il avait conclu, intraitable : « George Bush doesn’t care about black people », avant que l’on ne lui coupe son micro.   

Si l’incident a créé une controverse – George Bush qualifiait cet instant comme l’un des «plus écœurants de son mandat présidentiel» en 2010 -, les réactions courroucées ne le découragèrent pas à réitérer ses commentaires politiques : en novembre 2013, il explique que si le Président Obama ne parvient pas à faire voter des lois, c’est parce que contrairement aux Juifs, les Noirs n’ont pas de familles riches ou d’amis «hauts placés» pour les aider à faire poids sur le gouvernement. À l’Anti-defamation League qui s’indigne, il répond : « Je pensais faire un compliment (…) Je ne savais pas que dire de quelqu’un qu’il a de l’argent est insultant. »  

Black Skinhead

En vérité, en plus de ses déclarations dans la presse et d’une réappropriation du drapeau confédéré américain, symbole assumé du « racisme et de l’esclavage » qu’il vend à la fin de ses concerts (expliquant avec désinvolture : « j’ai pris le drapeau confédéré, et je l’ai fait mien. C’est mon drapeau, maintenant. Qu’est-ce que tu vas faire ? »), Kanye West s’est largement épanché sur les thèmes du racisme au travers de sa musique mais parfois de façon contradictoire. S’il dénonce les discriminations dont il a été victime au sein de l’industrie de la mode dans le morceau « New Slaves » en 2013 (« Vous auriez pu penser que créer des vêtements m’aurait aidé ; mais ils ne seront satisfaits que si je ramasse le coton moi-même » ), il sera également celui qui explique que « les États-Unis sont un pays raciste », et que les Noirs « doivent l’accepter » et « arrêter de perdre leur temps à parler de ça ».    

Si les plus dévoués de ses fans ne se formalisent pas de ses étonnantes déclarations, les spectateurs ont été nombreux à quitter la salle à San José. Les concerts du rappeur, de véritables messes aux dimensions titanesques qui s’inscrivent dans le Saint Pablo Tour, une énorme tournée américaine de 23 dates, sont connus pour être entrecoupés de ses « rants » – de larges discours qui portent aussi bien sur sa vie de famille que sur l’actualité politique. Mais en Californie, où il s’organise actuellement des marches pour protester contre l’élection de Donald Trump, son soutien au nouveau président républicain a suffisamment irrité pour que les spectateurs exigent un remboursement de leurs places, dont les prix sont estimés entre 70 et 350 dollars.  

Quelques mois plus tôt, le rappeur avait pourtant fait don de 1000 dollars à la campagne d’Hillary Clinton, et posait à ses côtés sur un selfie posté par son épouse Kim Kardashian sur Twitter. La légende disait : #Hillaryforpresident.

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©twitter.com/kimkardashian
I’m aware I’m a King

Si Yeezy était revenu sur l’accusation portée à George Bush en précisant qu’il regrettait sa déclaration et a humblement ajouté qu’il n’avait pas les « compétences pour le traiter de raciste », il n’a cette fois-ci pas réagi face à l’indignation provoquée sur les réseaux sociaux – mais a renchéri sur scène à Sacramento, le samedi 19 novembre, s’attaquant pêle-mêle aux médias, à l’industrie du disque, et à…Beyoncé et Jay-Z.

Figure médiatique de plus en plus puissante, Kanye West a pourtant conscience que ses déclarations gagnent en attention.  En février, il déclarait au Saturday Night Live être « 50% plus influent que n’importe quel autre être humain ».

Musicien, producteur, designer, investisseur, créateur, Kanye West est effectivement devenu une marque – reste à savoir ce qu’elle représente. Son Twitter, suivi par 26,5 millions de personnes, est un chaos hétéroclite, émaillé de plaidoiries en faveur de Bill Cosby, accusé de viols sur mineurs, de citations philosophiques, et de photographies de sa dernière collection pour Adidas.

En 2005, le Times Magazine le sacrait « homme le plus intelligent de la pop-music » et lui-même n’hésite pas à se qualifier de visionnaire, de génie, au même titre que « Bill Gates ». Adoubé par Anna Wintour, qui suit fidèlement ses défilés, par Drake, Paul McCartney, ou Frank Ocean, avec qui il multiplie les collaborations, il s’est de manière profonde, irrémédiable, inscrit dans le paysage culturel international. Cela sans crainte de voir son ambition qualifiée d’arrivisme ou de subir les sarcasmes liés à son affiliation au clan Kardashian.

#Kanye2020

L’annonce inattendue aux MTV Video Music Awards 2015 de sa candidature aux présidentielles américaines de 2020, avait provoqué jusqu’à l’amusement de Barack Obama, qui s’interrogeait :  « Pensez-vous réellement que notre pays va élire à sa tête un homme noir, avec un nom bizarre, originaire du sud de Chicago ? », tout en lui suggérant de se montrer prudent à l’égard des membres du Congrès, dont le comportement serait similaire à celui des « stars de la télé-réalité ». Personnage récurrent de Keeping Up With the Kardashian, Kanye West est probablement à la hauteur d’une telle mission. Mais qu’attendre de son mandat – sinon un pouvoir fort, et peut-être un peu de culte de la personnalité…?

 

Image de couverture :©twitter.com/OfficiaIKanye

Anissa Jaa

Kiffe les business illégaux, la sape, les caisses et les gows. | ultradilla.tumblr.com

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