L’esprit du Bauhaus investit les Arts déco

Mouvement artistique qui promeut « l’œuvre d’art totale », le Bauhaus revêtit les murs du Musée des Arts Décoratifs jusqu’en février 2017. La visite s’ouvre sur les diverses sources du mouvement, des arts asiatiques aux « Arts and crafts » britanniques, le visiteur est d’abord confronté aux œuvres qui ont inspiré cette école si atypique, pour ensuite pénétrer dans ce qu’était réellement la vie dans cette fameuse institution.

« Bau » signifie en allemand « bâtiment » et « Haus », maison. L’école du Bauhaus voit le jour en 1919 à Weimar en Allemagne. Dirigée par Walter Gropius, l’institution prône le retour au travail artisanal, où l’art et la technique ne font qu’un.  Dans cette école, les étudiants peuvent apprendre dans différents ateliers, tous dirigés par des artisans et des artistes comme Marcel Breuer, Vassilly Kandinsky mais aussi Paul Klee.

Peinture, sculpture, photographie, scénographie… Le Bauhaus s’ouvre à toutes les disciplines. L’idée étant d’unifier art et technique afin de créer des objets utiles dans la vie quotidienne. En 1933, l’école est contrainte à la fermeture par le nouveau gouvernement nazi, hostile au côté « social » de l’institution. Beaucoup d’élèves de l’école vont alors fuir le pays, ce qui va permettre au mouvement de se propager partout dans le monde après la guerre. L’héritage se ressent dans beaucoup de productions de design à grande échelle, dans la construction d’immeubles, mais aussi dans les objets décoratifs du quotidien visibles tout au long de la visite.

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Muller Van Severen, « Installation », 2012 © Ulrich Fiedler

Dans cette exposition, il est question de faire revivre « l’esprit du Bauhaus » présent dans des tas d’objets, des photographies, des affiches de publicité et même des pièces de haute couture. L’exposition retrace notamment le mode de vie des étudiants de cette école allemande. On peut donc observer des croquis d’élèves dialoguant avec des objets issus du génie de cette institution connue pour sa géométrie rigoureuse dans ses créations. La conception fonctionnelle et rationnelle du mouvement va servir la production industrielle de masse de l’entre-deux-guerres. Cette production massive se reconnait notamment dans beaucoup d’objets de la vie quotidienne exposés comme une lampe de bureau, ou encore une théière par exemple. Ces productions sont empreintes d’une harmonie rigoureuse des formes et des couleurs, qui forme l’essence de l’esprit Bauhaus. Les différents objets, l’ameublement, tout est repensé de manière à faciliter les gestes de la vie quotidienne. L’esthétique est alors mise au service du fonctionnel.

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© Philippe Migeat – Centre Pompidou, MNAM-CCI /Dist. RMN-GP

Dans une des salles de l’exposition, on peut notamment visionner un court documentaire sur ce qu’est une « maison Bauhaus », dans laquelle les pièces se succèdent (chambre, salon, salle à manger…) avec des rangements ingénieux, du mobilier intelligemment pensé, qui donne l’impression d’une demeure rigide où l’ergonomie prime sur le convivial. Toutefois, cette rigueur présente dans beaucoup d’œuvres n’est pas la seule caractéristique de l’école. En effet, celle-ci est aussi connue pour son ouverture à toutes les tendances et toutes les disciplines. On peut d’ailleurs y croiser des reliques de cours de théâtre organisés dans l’école par Oscar Schlemmer, scénographe de ballet allemand.

« Le but final de toute activité plastique est la construction »

C’est ce qu’écrit Walter Gropius dans le Manifeste du Bauhaus. L’art au service de l’utile, c’est ce qui est présenté dans l’exposition à travers les nombreuses productions du mouvement, comme le fameux fauteuil « Wassilly » de Marcel Breuer (ci dessous).

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© Musée des Arts décoratifs, Paris, Jean Tholance

L’exposition nous conduit dans l’histoire d’un mouvement qui inspire encore aujourd’hui beaucoup de domaines. Le visiteur est plongé dans la vie des nombreux élèves ayant fréquentés l’institution avant de découvrir l’héritage laissé par l’école dans toutes les formes de création. On peut notamment apprécier la présence de nombreuses pièces de haute couture, notamment une robe signée Courrèges ou encore une paire de baskets dessinée par Pierre Hardy.

Pas besoin d’être expert en la matière pour apprécier l’exposition, qui est relativement didactique. La mise en scène chronologique permet d’avoir une vue d’ensemble de ce qu’a été le Bauhaus à travers ses productions diverses et son histoire. Formes carrées, rondes ou rectilignes, l’utilisation de la géométrie suffit à rappeler ce mouvement artistique majeur qui n’a pas fini d’inspirer les artistes. Et notamment les musiciens. Parmi eux on trouve le groupe de post-punk anglais des années 80 Bauhaus qui rappelle quelque peu, par ses sonorités sombres, l’esprit du mouvement allemand.

On ne peut que vous conseiller d’aller voir l’exposition, que vous soyez féru d’architecture, de design, d’art en général ou simplement curieux de savoir ce qui se cache derrière cette institution artistique d’avant-garde qui a bouleversé notre rapport aux objets.

« L’esprit du Bauhaus », du 19 octobre 2016 au 26 février 2017 aux Arts décoratifs de Paris.

Métro Palais Royal Musée du Louvre

Image de couverture : © Musée des Arts décoratifs

Léa Bernabeo

Passionnée de musique et de télé, j'aime aussi les bons livres et le ciné.

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