Not Afraid Of Love – Maurizio Cattelan se met à nu à la Monnaie de Paris

« Je ne veux pas guider le public vers une direction déterminée, je veux provoquer une réaction spontanée »

Tel est le pari que Maurizio Cattelan s’est donné tout au long de sa vie d’artiste. Né en 1960 à Padoue en Italie, il connaît un début de vie difficile. Issu d’un milieu populaire, il est contraint de travailler dès son plus jeune âge pour subvenir à ses besoins. Eboueur puis employé à la morgue, c’est finalement son statut de fabricant de meubles qui lui permet d’entrer en contact avec des figures du design et de l’art contemporain pour progressivement accéder au monde de l’art.

Autodidacte, Maurizio Cattelan ne se revendique pas artiste et reste attaché à son statut d’outsider. Position ambivalente pour un homme qui est sauvé de la précarité par ce même monde artistique qu’il méprise et critique ouvertement. Ses critiques touchent aussi bien les institutions culturelles que les productions d’artistes et les processus créatifs sans l’empêcher pour autant d’exposer en 2012 au Guggenheim à New York et aujourd’hui à la Monnaie de Paris.

Voici donc la rétrospective, d’un homme, en quête de son identité.

Regroupant ses œuvres phares, l’exposition « Not Afraid Of Love » propose aux spectateurs une mise à nu de l’artiste. Expert dans l’art de la fuite, ce grand timide qui n’aime pas parler de sa vie et de ses perceptions, décide aujourd’hui d’affronter le regard du grand public en proposant un panel d’autoportraits et de portraits qui mettent en lumière ses multiples facettes.

Maurizio Cattelan n’hésite pas à intervenir sur l’architecture muséale pour susciter les réactions, des questionnements de la part des spectateurs. L’appropriation de l’espace, l’apport apporté par le cadre même du lieu sur ses œuvres est essentiel pour l’artiste qui exposa même dans un abattoir. Percer un mur puis un parquet sont pour lui des moyens de proposer un assemblage inattendu et original : Que fait cet homme ? Nous observe-t-il, veut-il entrer dans le monde de l’art ? Cherche-t-il à le fuir ? Les questions restent en suspens.

Sans titre (2001), ©LeMonde
Sans titre (2001), ©LeMonde

Mais l’enjeu n’est pas d’y apporter une réponse précise. Avec ce choix d’œuvres qui regorgent de références artistiques, cinématographiques, historiques, le but est de mettre en place un dialogue. C’est dans cette optique que toutes ses œuvres sont commentées par différentes personnalités aux divers métiers. Ainsi, on verra un cuisinier commenter Kaput, le cheval suspendu en l’interprétant comme l’appétit vorace de l’artiste pour la viande, tandis qu’un directeur artistique y verra une représentation de la mort de l’artiste, poussé par l’art vers le néant. La confrontation de ces points de vue, la polysémie des images et l’imbrication des œuvres entre elles créent un monde d’interrogations.

Mais derrière ces interprétations fluctuantes et subjectives, un fil conducteur demeure. Ses œuvres introspectives évoquent sans cesse des références à la mort, à l’enfance ou à l’autorité. S’inspirant de l’hyperréalisme, il se représente dans les moindres détails mais avec un corps d’enfant. Ce changement d’échelle témoigne du regard de l’artiste sur lui-même et sur son mal-être profond. On pourrait ainsi lui attribuer les propos de Ron Mueck, artiste britannique qui s’exprimait ainsi : « Je consacre beaucoup de temps à la surface, mais c’est la vie à l’intérieur que je veux saisir ». Vie intérieure bouleversée par son enfance difficile qui l’amène à une intolérance profonde de l’autorité. Son autre œuvre Charles Don’t Surf, représentant un enfant prisonnier de l’éducation, témoigne du même rejet.

Focus sur une œuvre :

La Nona Hora (1999)
La Nona Hora (1999)

La Nona Hora, une des œuvres les plus emblématiques de Maurizio Cattelan représente Jean Paul II écrasé par une météorite. Deux interprétations semblent possibles. La pierre montre-t-elle la religion vaincue par la nature ou le poids universel que le Pape doit porter sur son dos ? Cette sculpture accentue également la dualité de la personne, fragile comme tout être humain mais à la fois toute-puissante par son statut professionnel. Le titre de l’œuvre évoque Les Evangiles et Jésus qui expirant sur la Croix s’exclame : « Mon Dieu mon dieu pourquoi m’as-tu abandonné ? ». L’artiste décide de placer dans cette même pièce, un enfant qui par un roulement de tambour irrégulier rompt notre processus de contemplation et de prière que ce personnage inspire.

À la fois ludique et passionnante, « Not Afraid of Love » est une exposition à ne pas manquer. Le conseil de la rédaction : des guides sont à votre disposition gratuitement pour vous faire une visite guidée de 40 minutes, n’hésitez pas !

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